Les cèdres et les pins, les hêtres, les érables, Dans leur antique orgueil des siècles respecté, Haussent de toutes parts avec rigidité La noble ascension de leurs troncs vénérables Jusqu'aux dômes feuillus, chauds des feux de l'été.
Sous l'enchevêtrement de leurs vastes ramures La terre fait silence aux pieds de ses vieux rois. Seuls, au fond des lointains mystérieux, parfois, Naissent, croissent, s'en vont, renaissent les murmures Que soupire sans fin l'âme immense des bois.
Transperçant çà et là les hautes nefs massives, Dans l'air empli d'arome immobile et de paix L'invisible soleil darde l'or de ses rais, Qui sillonnent d'un vol grêle de flèches vives La sombre majesté des feuillages épais.
Je suis née au cours d’un violent orage, Tombée du ciel sans vraiment savoir Pourquoi me laissait choir mon nuage, Dans la tourmente et dans le noir.
Je ne suis qu’une goutte d’eau timide, Expulsée des entrailles d’un nuage, Je roule et glisse sur une feuille humide Qui amortit doucement mon atterrissage.
Je me retrouve déposée sur une pierre lisse, Solidement ancrée au bord d’un ruisseau, D’où je vais plonger dans l’eau migratrice Retrouver d’autres petites gouttes d’eau.
Mon odyssée vers l’inconnu commence. Mes compagnes apeurées et craintives, Me content ce qu’a déjà été leur existence En voyageant tout le long de ces rives.
Ce ne sont pas des gouttes d’eau ordinaires : Il y a une larme de chagrin accompagnée D’une larme d’émotion qui, pour lui plaire, Lui fait escorte tout le long du trajet.
Il y a aussi une grosse goutte de sueur, Qui roule sa fatigue, muette et solitaire, N’évoquant jamais de quel dur labeur Elle aurait pourtant le droit d’être fière.
Il y a encore la larme de désespoir, Qui voudrait bien abréger son calvaire Et se noyer anonymement un soir, Pour enfin s’évader de cette triste terre.
Je les soutiens, les encourage de mon mieux : « Lorsque nous arriverons dans le grand Océan, Le soleil sous ses rayons majestueux Dans les cieux nous fera évaporer gaiement,
Moi, je pourrai retrouver mon cher nuage rose, Vous, larmes et gouttes de toutes origines, Vous trouverez la Paix et bien d’autres choses, Dont l’Espoir que je vous insuffle à travers ces rimes ».